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Traces de chamanisme...

 
 

Une nouvelle explication.

 

Une nouvelle explication ?

Au Zimbabwe, un panneau représente un éléphant blessé à mort, les chasseurs armés autour de lui : chacun lirait là " la chasse à l’éléphant " ...
Pas du tout, nous disent les auteurs, il s’agit de notre sorcier " transformé " en éléphant blessé (virtuellement) ; nous l’aidons à passer dans l’autre monde par nos chants, nos danses, nos rythmes et nos flèches " magiques ". N’en serait-il pas de même dans l’art paléolithique pour toutes les scènes dites de cérémonie , de sacrifice, de chasse telle " la chasse à l’ours " de la grotte de Pechialet  ? Les hommes blessés seraient donc aux portes du " monde-autre ", comme ces chamans / animaux que seraient alors le bison de la scène du puits, " blessé " au ventre ou le rhinocéros gravé sur un galet de " La Colombière " à la fois " dédoublé " et là aussi percé de flèches (magiques ?) au ventre, représentant les souffrances d’un chaman ayant absorbé des substances hallucinogènes, comme le jus de tabac, provoquant ces douleurs et entraînant des vomissements .
Le chaman peut donc se transformer en animal / esprit bien réel dans le monde de l’au-delà  ; plus il sera initié / expert, plus il s’entourera d’esprits auxiliaires représentés eux-mêmes par des animaux force / énergie (les animaux de " contours " de A. Leroi- Gourhan).

Cette " transformation " a un but et sera une transformation / voyage, soit à l’intérieur d’un individu pour chasser l’âme d’un intrus (possession / désenvoûtement), soit dans le monde " autre ", lui-même divisé en étages : le bas (terre, sous-terre, eau, sous l’eau) et le haut (ciel / air) où le chaman communiquera avec les " forces " pour faire revenir un esprit perdu, amener une âme (psychopompe), infléchir les forces / dieux / animaux afin de réaliser les désirs d’un individu (guérison, fécondité, désenvoûtement) ou collectifs (pluie, chasse).

Il s’en suit tout naturellement et logiquement que certains animaux représentés ne seraient pas des animaux, mais des chamans transfigurés, idée déjà émise par quelques auteurs (cf.- op.cit. J. Clottes 96 p. 44 et 94 ).

Cette tentative d’explication est nouvelle.

Bien que tous les éléments de réflexion aient été relevés par divers auteurs, l’absence de sens ou / et de pattes et de parties des corps de certains animaux n’a été exploitée que de façon sommaire (vie / mort) ou tout simplement oubliée. De plus, elle englobe " l’Art " en général : grotte, extérieurs, pla-quette, mobilier, galet, os ou bois de cervidé, ...

Ma théorie s’appuie essentiellement sur des données graphiques et remet grandement en ques-tion le fondement de l’art et les organisations spatiales proposées jusqu’alors.

Dans les grottes, il ne s’agit pas de palimpseste où l’auteur / acteur efface les oeuvres précé-dentes pour y placer les siennes. Il ne s’agit pas plus de rajouts de certains éléments changeant le sens des " panneaux ", mais bien en premier lieu du choix déterminé de zones précises, chargées de force, d’énergie et de potentialité qui, au fil des millénaires, ont été surchargées de figures et de signes, parfois identiques aux précédents, avec leurs valeurs propres que nous lisons aujourd’hui dans un ensemble paraissant et pouvant être cohérent.

Les rajouts, " repassages ", surcharges, ne sont là que pour raviver, revitaliser et renforcer les " panneaux " où l’on vient chercher force et énergie. Ayant admis ce phénomène (chaman / animal), nous allons chercher les associations d’images rentrant dans ce cadre.

Citons entre autres : les transformations homme / oiseau ; la scène du puits de Lascaux : les quatre doigts de l’homme à tête d’oiseau qui semble s’envoler pourraient être assimilés à des pattes de volatile ; les hommes à têtes d’oiseaux de Pech-Merle , Cougnac, Altamira , la mutation femme / bison (A. Leroi- Gourhan) ou femmes / mammouths (J. Jelineck) du Pech-Merle et la transformation homme / mammouth des Combarelles, plus loin la Pileta... Il faut prendre également en compte l’association lionne / oiseau des Trois Frères ; beaucoup plus tard, dans l’art plus récent des aborigènes d’Australie, d’Afrique du Sud, d’Amérique, ces images de transformations seront plus fréquentes sur les parois peintes.

Au XIIe siècle, une séance de chamanisme est décrite dans " Historia Norvegiae " : le chaman utilise un crible sur lequel sont représentés une baleine, un renne tirant un traîneau et un bateau pour assurer le voyage ...

Pour la baleine ( qui voyage sur et sous l’eau), il faut noter l’étrange similitude avec le panneau de la Pileta où l’on peut " lire " le voyage de l’anthropomorphe à l’intérieur d’un cétacé (tel Jonas) entouré de volatiles stylisés

Ensuite, les éléments pouvant être des signes de transe : outre les cercles, points, spirales, zigzag que nous décrivent J. Clottes et J. D. Lewis Williams (op.cit. 96), il faut certainement porter une atten-tion particulière à tous les méandres digités ou raclés présents dans bien des grottes paléolithiques, lais-sant l’impression d’un certain flou : Rouffignac - Pech Merle par exemple ...

Ajoutons tous les animaux qui semblent " saigner du nez / naseaux ou de la bouche / mufle " tels les chamans en transe : Trois Frères, Lascaux , Pech-Merle, Horños de la Peña , Blanchard, Bernifal, Péchialet , la Madeleine, Pergouset , Ker de Massat , Gabillou , et dans l’art plus récent.

Pour les signes, certains garderont longtemps leurs secrets, mais une piste est ouverte par le signe quadrangulaire de la Pasiega où l’on voit, dans ce signe cloisonné en trois parties, un animal (ar-rière-train de bovidé) qui rentre dans la partie haute et qui ressort (tête du même bovidé) dans la partie basse ... " fausse porte " donnant accès entre les deux mondes dont la frontière est la paroi de la grotte. Il est accompagné par un sorcier cornu, proche d’un cervidé acéphale dont la tête doit déjà être de " l’autre côté " . Dans la toute proche grotte de El castillo, à l’entrée de la galerie des disuqes, se retrouve le même motif : tête de bovidé qui sort de la paroi, arrière-train de l’animal qui y rentre.

Les signes quadrangulaires séparés en trois parties sont nombreux ; ils pourraient être, tout ou partie, des représentations d’une cosmogonie à l’image de la " hutte primordiale " que nous retrouvons jusqu’au Mont Bego, mais c’est là un autre sujet, idée émise d’abord par H. Breuil, reprise par A. Glory et bien vite (trop vite peut-être ) abandonnée ; sans la vouloir générale, elle ne peut être totalement écartée.

Nous avons vu pour la tête du cervidé de Pasiega, n’en serait-il pas de même pour celle du cer-vidé noir acéphale de Font de Gaume, pour le sabot de l’antérieur du cheval de Lascaux sortant ou ren-trant de/dans la paroi près du cheval qui " tombe " et pour tous les animaux prétendus " incomplets " parce qu’une partie de leur corps est invisible ?

Aujourd’hui encore, dans le sud de l’Espagne, des biches paraissent énormes dans une végéta-tion assez rase et semblent " voler " au dessus du sol .... Comme leur mâle, le cerf, ces animaux avaient tout naturellement une grande importance dans l’art paléolithique espagnol. Pour ma part, j’ai vu dans le désert du Néguev apparaître des bouquetins, on ne sait d’où, puis disparaître de la même façon ; il est donc plus fréquemment représenté dans l’art des zones montagneuses et plus tard dans les peintures et gravures de nos déserts.

Il en est de même pour les chevaux sauvages, omniprésents à toute époque. Le cheval pourrait signifier le voyage (comme la flèche), accompagnant le chaman / bison, chaman / mammouth ou chaman / animal tutélaire. Les chevaux à " tête en bec de canard " seraient alors significatifs, renforçant cette idée de vol, comme tous ceux qui semblent " s’envoler ", dont l’extrémité des pattes est en extension (Rouffignac, Niaux, Pech-Merle,...), ceux qui sont placés au centre de véritables panneaux (Santi-mamiñe, Chauvet, Pech Merle, Lascaux, Covalanas, El Castillo, ...).

Si le cheval représentait le voyage, le bison (ou autre animal tutélaire) le chaman, nous aurions une nouvelle lecture du " tandem " cheval / bison (le cheval pourrait être néanmoins, surtout s’il est blessé, un animal tutélaire - cheval blessé de Lascaux par exemple).

Il ne s’agit pas là de monture, mais de " véhicule " comme le poisson ou l’oiseau.

Le mouvement voyage / transformation, peut-être signifié ou amplifié par une certaine décomposition des mouvements des animaux (animation / dynamisme) comme les chevaux " galopant " de la rotonde de Lascaux, les deux célèbres rennes " affrontés " de Font-de-Gaume, les chevaux de Foz Côa , ceux de la Chaire à Calvin , certains animaux superposés, " acculés "- suite logique de deux animaux face à face qui, en mouvement, se croisent - comme cela pourrait être le cas pour les " chevaux pommelés " du Pech Merle ou les deux fameux bisons acculés de Lascaux, des Combarelles , ou de nombreuses " associations " de Rouffignac, ou en extension extravagante comme le mammouth de la frise noire du Pech Merle ou la vache n° 24 (numérotation H. Breuil) du plafond du diverticule axial de Lascaux, les animaux bicéphales de la Sudrie , Lascaux , Teyjat , Gabillou, Trois Frères , Isturitz Candamo , bicéphales ou tricéphales de Chauvet ou de la vallée de Côa, la disparition progressive (trois étapes, trois dessins) des mégacéros de l’ossuaire du Pech Merle et les nombreux doublements de pattes et de têtes dans de nombreuses cavités.

N’oublions pas la scène de la grotte de l’Addaura où un homme semble se transformer et quitter le sol ) ; celle du " bâton " de Teyjat où les " diablotins semblent voltiger autour d’une jument " ( H. Breuil op. cit. " Les Combarelles " p.110-114) et bien sûr la scène du puits de Lascaux que nous décrirons plus loin ; les femmes stylisées de Fronsac ou du bloc gravé de Lalinde qui paraissent échapper à la pesanteur dans une décomposition du mouvement

Prenons en compte les bisons anthropomorphisés de la Pasiega, Rouffignac, Santimamiñe, Castillo , Altamira, les Trois Frères, Gabillou, Chauvet , etc ...

L’impression de segmentation du corps dans les expériences chamaniques de certains ethnolo-gues - ils " perdent " la tête - nous permet de faire un rapprochement non seulement avec les têtes sans corps d’Angles sur Anglin, de Font-de-Gaume, de Rouffignac, de Ker de Massat, de Marsoulas, de Bernifal, mais aussi avec les animaux segmentés ou composites de l’art paléolithique ; Covalanas par exemple, où l’on voit une tête de cervidé se " détachant " d’un corps de bovidé  ; les anthro-pomorphes acéphales de Cougnac, Niaux les femmes d’Angles sur Anglin ...

Cette idée de segmentation, dislocation, nous permet d’appréhender certains " panneaux " d’une façon très particulière : certaines " représentations " dans un même panneau ne seraient alors que des parties d’un même animal / chaman, pattes / pieds qui restent au sol, tête qui " s’envole ", ...

Je reparlerai de ce système pour Niaux, Pech Merle, Teyjat, La Vache, et il est applicable dans de multiples endroits.

Les animaux / êtres composites (" licorne " de Lascaux, ours à queue de félin de Rouffignac, bisons / bouquetins d’Angles sur Anglin, superposés à des femmes acéphales, etc ...) ou fantastiques : Pech-Merle  ; Pergouset  ; Tuc d’Audoubert  ; Gabillou , peuvent être l’image des chamans confirmés qui, outre leur animal / esprit tutélaire, s’entourent d’esprits / animaux auxiliaires. Bien entendu, tous ces " animaux " sont considérés comme des êtres supérieurs assimilables à ce que nous appellerions aujourd’hui des dieux.

Le retour du chaman est indispensable ; il est noté dans les bisons " tombant " mais remontant de ces " bouches d’ombres ", de ces failles et diaclases, dans ces animaux aux traits redoublés (repassés). Notons dans l’art aborigène d’Australie les fréquentes peintures de boomerangs qui s’en vont mais qui reviennent. Peut-être que les marques de doigts ou les mains négatives jouent comme je l’ai dit plus haut ce rôle, pour revenir près de sa marque ...

Max Raphaël note que les animaux " vides " seraient une enveloppe, un contour permettant à " l’animal " de sortir de la paroi, la théorie des Ongones de A. Glory n’est pas loin de ce schéma (Lekane = enveloppe, ongone = esprit).

Les choix des zones peintes ou gravées sont sans aucun doute prédéterminés mais on ne peut définir de règle unique. Pourtant, certaines " oeuvres " sont placées près de ces " trous d’ombre ", de ces diaclases ou failles qui peuvent être assimilés à des signes féminins. Certains signes sont, sans équi-voque, des vulves mais je pense qu’il faut parler là de principes féminins, de principes de fécondité, obligatoires pour toute vie et donc pour permettre le retour du chaman. Dans ce cas, la synecdoque (la partie valant le tout) est acceptable.

 
 
Publié le dimanche 19 juin 2005

 
 
 
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