» Les grottes ornées » Grotte du Péchialet, 24
 
Les grottes ornées

 
 

Grotte du Péchialet, 24
Nouvelles traces d’art et nouveau tectiforme

 

Nouvelle grotte ornée

Nouvelles traces d’art pariétal dans la grotte du Péchialet à Groléjac, Dordogne. Pascal Raux, 24620, Les Eyzies.

Résumé : Entre 1912 et 1926 la grotte du Péchialet livre de l’art mobilier : une plaquette gravée ( « la chasse à l’ours »), une statuette et une figure humaine, le tout déposé au musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye. Aujourd’hui il s’agit d’une découverte inopinée d’art pariétal : des tracés digités, des raclages et gravures parmi lesquelles se distingue un signe particulier : un « tectiforme à cheminée ».

La localisation de ces œuvres d’art formant un véritable dispositif pariétal, dans un « carrefour » précédant un boyau terminal, a une grande importance mais l’intérêt majeur de cette découverte réside dans la position géographique de cette grotte, en limite de la Dordogne et du Lot. La présence d’un signe si particulier, marqueur culturel probable, ajoute un jalon entre les proches grottes de Cougnac et du Pech-Merle, dans le Lot, et celle plus lointaine du Placard, en Charente. Summary : That cave already known throug anengraved slate shows finger printed drawings and a « tectiforme à cheminée ». Its geographical position beetween the Dordogne and the Lot is most interessing.

Localisée sur la commune de Groléjac (Dordogne), à une vingtaine de kilomètres au Sud de Sarlat (Dordogne) et à 10 kilomètres au Nord de Gourdon (Lot), la grotte du Péchialet a la particularité de se trouver « à cheval » sur la limite des départements du Lot et de la Dordogne.

Une description très précise a été réalisée par le Spéléo-club de Périgueux en 1982 (Guichard,1982) accompagnée d’un relevé topographique (Guichard, Morala, Meunier, Ozanne,1982-fig 2). Nous retiendrons qu’il s’agit d’une grotte-couloir à nombreux diverticules et dont on a toujours connu l’entrée.

Des graffitis attestent du passage de « visiteurs » dès 1847, mais il faudra attendre 1912 pour que le propriétaire, Maurice Vialle, alors Président honoraire de la Société historique et archéologique du Périgord, propose de vendre cette cavité au Marquis de Fayolle. Pour plus de précisions sur le site et le bien fondé du fait préhistorique des découvertes, le Marquis dépêche sur les lieux Louis Didon, spécialiste de la toute nouvelle Préhistoire qui menait ses fouilles dans le vallon de Castelmerle à Sergeac en Dordogne, secondé par Marcel Castanet. Accompagné par l’incontournable Denis Peyrony, Louis Didon s’acquitte de sa mission et déclare avoir trouvé lui-même quelques vestiges préhistoriques : silex, tessons de poterie et ossements divers (Didon, 1912).

En 1926, l’abbé Henri Breuil visite la grotte afin de vérifier les découvertes des abbés Arlie et Fayol. Ces derniers ont mis au jour les restes d’un ours brun (Ursus arctos), accompagnés de divers éléments de silex, le tout « au pied de l’escalier, à l’entrée de la galerie de droite » (Breuil 1927). Cette galerie , sur laquelle nous portons aujourd’hui un éclairage, part du vestibule situé à une vingtaine de mètres de l’entrée, à la limite de la lumière du jour ( fig.2). H. Breuil trouve dans la galerie de gauche, à quelques mètres de là, des dents, des ossements de rennes et de chevaux accompagnés de lames de silex, avec notamment des burins de Noailles qu’il rattache au Paléolithique supérieur, « peut-être l’Aurignacien supérieur », déclare t-il (Breuil, 1927). Outre ces restes d’ours, les abbés ont mis au jour la célèbre plaquette de schiste dite « chasse à l’ours », conservée au musée des Antiquités Nationales.

 
Plus tard, dans les déblais laissés par ces fouilles, seront dégagées une statuette féminine sculptée en ronde-bosse dans un os épais aujourd’hui fossilisé, haute de 6 centimètres, et une tête humaine profondément gravée sur os.

 

La découverte d’un art pariétal à Péchialet est inopinée car cette grotte, gérée par le spéléo-club de Périgueux, constitue un terrain d’entraînement des spéléologues amateurs et professionnels. Le « Carrefour » de la galerie de droite : Ce « Carrefour » mesure 3 mètres dans sa plus grande largeur, la hauteur de la voûte permet de se tenir debout. Le boyau final pourrait être désobstrué ; la reptation nous emmène à une vingtaine de mètres puis cette petite ouverture se referme. L’endroit est assez agréable malgré la relative difficulté d’accès par le « couloir de droite » qui, étant très facile dans ses débuts, se surbaisse parfois et où la station debout n’y est pas toujours possible. C’est à cet endroit précis que des gravures et tracés digités ont été repérés.

Nous avons alors divisé l’espace du « Carrefour » en cinq zones, lesquelles permettent de décrire ce dispositif pariétal exceptionnel

.

 Le « panneau aux tracés digités et au tectiforme "

Le « panneau aux tracés digités et au tectiforme » est situé sur la paroi droite de la galerie, à 3 mètres du carrefour, il est composé de tracés digités. Ceux de droite, réalisés du bas vers le haut, semblent former une composition. Ces tracés se trouvent à 65 centimétres du sol et occupent une surface de 30 centimétres de hauteur sur 1 mètre de largeur. Ils ont été réalisés sur une paroi tendre, probablement une argile de décomposition, et sont aujourd’hui recouverts de mond-milch, très blanc à l’origine mais maculé par la fumée des lampes à acétylène des nombreux spéléologues fréquentant la cavité.

(Cliquez ici pour voir une animation du panneau au relevé)

Sur la gauche et en bas du panneau une forme géométrique complexe est profondément gravée dans la roche calcaire dure ; les « perles » de calcite recouvrant certaines parties de cette gravure fortement patinée prouvent son ancienneté, ses dimensions sont de 6 centimètres sur 4 centimètres. Par la présence d’une ouverture rectangulaire à son sommet, cette forme peut être rapprochée des signes de la grotte de Cougnac qui n’est qu’à quelques kilomètres dans le Lot. Des comparaisons peuvent également être faites avec les signes de type « tectiforme à cheminée » comme à Font de Gaume, Les Combarelles (Breuil et Capitan, 1924), Bernifal (Roussot,1984), Bara-Bahau (Delluc, 1997) et Rouffignac (Plassard,1999) en Dordogne. Malheureusement un « frotti » récent oblitère un tant soit peu la ligne gravée formant la base droite de ce signe. Nous le classerons donc dans la famille des signes type « tectiforme à cheminée », mais il est à rapprocher également par certains aspects des signes aviformes de Cougnac, Pech-Merle dans le Lot ou du Placard en Charente.

   
Le « pan rocheux », Il est situé dans « le carrefour » marquant la fin de la galerie de droite et le début du diverticule final. De profonds sillons forment un relief ovale indéterminé, aucune autre gravure ne peut être rattachée à cette forme intégrée verticalement sur ce pan rocheux. Ce tracé a été gravé dans la calcite bourgeonnante avec un objet dur.

Le tracé en forme de crosse
Le tracé en forme de crosse est finement gravé sur la paroi droite du « Carrefour » quand on se trouve face au diverticule final, dans un calcaire dur recouvert de calcite. Il se trouve à 50 centimètres du sol, mesure 8 centimètres de haut et 4 centimètres de large. Il a été réalisé de la droite vers la gauche et peut être rapproché à un élément figuratif.
 
Cet ensemble de tracés finement gravés et fortement patinés semble s’organiser en une composition évoquant un élément d’une figure animale. Aucun détail ne vient pourtant corroborer cette hypothèse. Cet ensemble gravé mesure 15 centimètres sur 20 centimètres et est situé sur la paroi droite du « Carrefour » en regardant le diverticule final.

Un second ramiforme (ramiforme "b")juste sur la gauche de l’élément en crosse

 
Second ensemble de tracés gravés et raclage (ramiforme "a")
 De grands raclages -à droite et au centre de la composition- sont associés à des traits gravés plus finement. Cette dernière gravure se situe à l’entrée du diverticule final, au bas de la paroi gauche. Ses dimensions sont de 13 centimètres sur 26 centimètres. Il s’agit , au centre, de grattages formant un angle droit, un raclage plus important a été réalisé juste au dessus et sur la droite, un troisième raclage plus discret semble fermer l’angle droit. Juste sous ce raclage, une fine gravure forme avec cet angle droit une composition géométrique indéterminée, enfin quelques traits de gravure semblent avoir été réalisés d’une façon aléatoire au dessus de ces raclages. Le tout, bien qu’indéterminé, forme un ensemble.
 
Attribution chronologique. L’histoire de cette cavité ne nous permet pas d’avancer une datation précise. Outre les vestiges paléolithiques dont il a été question au début de ce texte , Jean Meunier, spéléologue confirmé, a recueilli un fragment de hache polie rubéfiée par le feu au fond d’une autre galerie et une fusaïole à l’entrée de la galerie de droite (Meunier, in Bul. Spéléo-Club, 1983) . De nombreux tessons de poterie et des fragments de tuiles romaines ou gallo-romaines ont été également trouvés dans cette grotte et il n’y a rien d’étonnant à cela, le propriétaire ayant, au début du siècle, organisé un petit musée à l’intérieur de cette cavité. Tous ces objets historiques et proto-historiques ont été étudiés (Chevillot et Lacombe, 1982). Ils sont attribués à des périodes allant du Néolithique au Moyen-âge en passant par l’âge du Bronze et le Gallo-romain de notre premier siècle. Donc, concernant l’attribution chronologique des gravures et raclages, cette dernière demeure relative. Les tracés digités existent dés l’Aurignacien et jusqu’à l’Age du Bronze pour ce qui est des limites les plus larges qui nous sont accessibles aujourd’hui. En revanche, pour le signe tectiforme, une datation peut être proposée sur la base de celle des signes du Placard, ce qui nous indiquerait un passage au Solutréen. Deux éléments nous permettent d’avancer une datation plus ciblée : les burins de Noailles appartiennent aujourd’hui au Gravettien (Piel-Desruisseaux, 2004) et la toute proche grotte de Cougnac a donné des datations qui correspondent à cette époque. Nous ne pouvons toutefois écarter une datation plus récente sur le modèle de Font de Gaume ou Rouffignac, en Dordogne. La prudence s’impose devant la difficulté de dater ces formes spécifiques nouvellement découvertes. Conservation, La gestion de cette cavité par le Spéléo-club constitue la meilleure garantie de surveillance. Toutefois, la pose d’une grille à l’entrée de la galerie de droite, s’imposerait ainsi qu’ une limitation des activités spéléologiques selon des normes à préciser avec les autorités compétentes .

Bibliographie * Breuil H. , Peyrony D. (1924) - Les Combarelles. Paris, Masson, T1, p. 90, fig.71. * Breuil H. (1927) - " Oeuvres d’art paléolithique inédites en Périgord.", Revue anthropologique, 37ème année. fasc.4-6, p. 1-8. * Capitan L., Breuil H. (1910) - La grotte de Font de Gaume, T. 2, p. 216, fig. 218 - p. 231, fig.220, éd. veuve Chêne, Monaco. * Chevillot Ch. et Lacombe C. (1982) - Note relative à l’étude du mobilier archéologique recueilli dans la grotte du Péchialet (Grolejac), bulletin du Spéléo-club n° 83, p. 40-45. Périgueux, 24. * Clottes J., Duport L., Feruglio V. (1990) - Les signes du Placard, Bulletin de la Société Préhistorique de l’Ariège, T. XLV, p. 26-29, fig. 12. * Delluc B. et G. (1998) -Les gravures de la grotte ornée de Bara-Bahau (Le Bugues, Dordogne), Gallia Préhistoire, n° 39, p. 146, fig. 26, Paris, éditions CNRS. * Delporte H. ( 1993) - L’image de la femme dans l’art préhistorique. , p.53-54, Paris, Picard. * Didon L. (1912) - Grotte du chien ou de Péchialet bulletin de la SHAP, T.XXXIX, p. 365-369, Périgueux, 24. * Guichard F. (1982) - La grotte du Péchialet, , bulletin du Spéléo-Club n° 83, p.34-39. Périgueux, 24. * Laming-Emperaire A. (1962) - La signification de l’art rupestre paléolithique, méthodes et applications,p.128. Paris, Picard. *Leroi-Gourhan A. (1971) - Préhistoire de l’art occidental, p. 59 , 94 ; fig.379,440, Paris, Mazenod. * Leroi-Gourhan A. (1981) - Les signes pariétaux comme marqueurs ethniques. Altamira Symposium, p.289-294. Santander. * Lorblanchet M. (1984) - " La grotte de Cougnac.", in L’Art des cavernes, Atlas des grottes ornées, fig. 8p. 486, Paris, Ministère de la Culture, Imprimerie Nationale. * Lorblanchet M. (1984) - " La grotte du Pech-Merle.", in L’Art des cavernes, Atlas des grottes ornées, fig10, p. 468-472, Paris, Ministère de la Culture, Imprimerie Nationale. * Lorblanchet M. (1989) - Art préhistorique du Quercy. Toulouse, éd. Loubatiéres, col. Terres du Sud, n° 40, p.32. * Lorblanchet M. (1990) - Lascaux et l’art magdalénien. Dossier de l’Archéologie, n°152, p.55. * Lorblanchet M. (1992) - “ Rock art in the old world “. Aura congress, L G .N.C.A.. New Delhi. * Lorblanchet M. (1995) - Les grottes ornées de la préhistoire. Nouveaux regards. Paris, Errance. * Méroc L. et Mazet J. (1956) - Cougnac, p. 19, 37, 43-54, Gourdon, éd. des grottes de Cougnac. * Piel-Desruisseaux J.L.(2004) - Outils préhistoriques, du galet taillé au bistouri d’obsidienne, éd. Dunod, p. 115. * Plassard J. (1999) - La grotte de Rouffignac, p. 79, fig.86 et 87, Paris, Seuil. * Raux P. (2004) - Animisme et Arts Premiers, p. 179-182, 265-270, Grenoble, éd. Thot. * Roussot A. (1984) - in L’Art des cavernes, Atlas des grottes ornées, p. 173, fig. 5, p. 174, fig.7, Paris, Ministère de la Culture, Imprimerie Nationale.

 
 
Publié le dimanche 11 mai 2008
Mis à jour le vendredi 11 mars 2011

 
 
 
Les autres articles de cette rubrique :
 
Publié le mardi 27 février 2007 par Pascal Raux
 
Publié le mercredi 15 février 2012 par Pascal Raux
Mis à jour le jeudi 16 février 2012
 
Publié le lundi 24 décembre 2012 par Pascal Raux
Mis à jour le mercredi 16 mai 2012
 
Publié le lundi 5 mars 2012 par Pascal Raux
 
Publié le lundi 17 janvier 2011 par Pascal Raux
 
Publié le mardi 3 janvier 2012 par Pascal Raux
Mis à jour le mercredi 4 janvier 2012
 
Publié le samedi 29 septembre 2007 par Gerard Doidy
Mis à jour le lundi 22 décembre 2008
 
Publié le samedi 11 août 2012 par Pascal Raux
 
Publié le vendredi 19 janvier 2007 par Pascal Raux
 
Publié le dimanche 31 mai 2009 par Pascal Raux
Mis à jour le samedi 2 mai 2009
 

 
Accueil     |    Plan du site     |    Espace rédacteurs     |    Se connecter